Je meurs.

Fut un temps, celui où Maman nous disait qu’on était la plus belle et qu’on serait mariée avec un gentil garçon comme Papa qui nous ferait deux enfants et nous rendrait heureuse pour toujours-toujours (euh… le gentil garçon, hein, pas Papa), on savait que les filles, c’était les plus gentilles, et que les garçons ils étaient là que pour servir les filles.

Après, on s’est fait péter l’opercule et les problèmes ont commencé.

On a fait le tour du monde avec Manitas dans sa caravane, en équilibre sur le volant en moumoute de Manu, la tête dans le congélo de Kim, accrochée aux cintres de José, dans la paillote de Jorginho, contre les posters de l’agence de voyages de Svend, etc. Bref, ça gazait.

À chaque fois qu’on remontait notre petite culotte, ou qu’on la remettait en place, on se disait « Yes, j’l’ai fait ! », pleine d’une elliptique victoire sur sexe « fort » autant que de gratitude pour nos mamans qui se sont battues pour qu’on fasse la toupie pakistanaise (celle où on suce le gros orteil du monsieur pendant qu’il nous saisit de sa main gauche le talon et qu’il plie le coude droit pour nous maintenir fermement la taille, le tout à la verticale) en toute liberté. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et on croyait que ça allait durer. Erreur. Vint le temps où on s’est mises à éprouver l’égalité des sexes.

Avec l’égalité des sexes on s’est dit « Dis donc, c’est pas que je m’ennuie moi, mais c’est un peu le désert des tartares dans mon tanga en ce moment. Moi aussi j’irais bien pécho. », toute convaincue que cette providentielle égalité nous autorisait à faire des pokes à tout ce qui pourrait nous faire frétiller du popotin.

Tant que les mignons étaient en 3D et sentaient sous les bras, on gérait encore. On se pointait dans un lieu public, on fixait 3 secondes (pas plus, pas moins, sinon c’est mort) et on attendait que le poisson vole jusqu’à nos divins pieds (et les baise bien sûr). C’est au moment où ils se sont retrouvés par milliers sur des sites de rencontre, des Facebook ou sur des réseaux sociaux que ça a commencé à se gâter sérieux côté success story pour nous, les détentrices originelles de l’arme fatale : le « mystère féminin ». Avec l’arrivée du web 2.0, les hommes nous ont descendues du piédestal. Notre demande est devenue plus importante que leur offre.

Au début, on les branchait délicatement d’un « Eh, j’ai des gros nibards, on parle philo ? », le mignon d’en face répondait « Grave ! Tes dispo ce soir ? », et nous, choquées on rétorquait « Obsédé ! ». Le mignon se disait qu’on était des folles et tout allait bien.

Ensuite, on a essayé l’approche frontale : roulage de pelle sans demander son avis au protagoniste concerné. Mais contrairement à ce que disait les magazines comme quoi les hommes étaient tous des queutards et nous des romantiques, on s’est pris quelques refus « Ah non, je suis désolé, t’es très mignonne mais non. En tous cas, t’as des couilles, chapeau ! ». Au moins, on avait gagné des « couilles »… On aurait préféré du « courage », mais non. On n’avait qu’à pas assumer notre désir.

Plus tard, on s’est dit qu’il fallait peut-être subtiliser notre approche. Qu’on n’avait peut-être pas compris les codes du 2.0. On a recommencé plus finement en annonçant « Je suis très romantique et je cherche une histoire pour la vie, mais sans sexe. ». Bizarrement, pas de réponse malgré nos 173 mails suivants réclamant toujours la même chose « Tu m’aimes, hein ? Hein, tu m’aimes ? Dis, tu m’aimes, hein ? ».

Le désert de Gobi continuait d’avancer avec nous au milieu. Ne comprenant pas les raisons de cette traversée, nous qui étions proclamées princesses de la gagne éternelle depuis notre naissance et sans contestation possible, nous nous sommes dit « Youhou ! Y a quelqu’un ? Faut que je pécho là, c’est une question de vie ou de mort ! ».

De fil d’or en canettes de bière, nous nous sommes adaptées à ce monde étrange de l’approche 2D, nous avons changé notre Kalachnikov d’épaule (en nous la faisant déboîter au passage), nous sommes prises des volées de bois vert pomme et des silences radio longs comme un dimanche sans samedi soir, tout ça pour nous retrouver à nous déchirer le foie entre copines dans l’espoir que le mignon du bar nous regarde plus de trois secondes (pas plus, pas moins sinon c’est mort) et nous supplie de lui lécher les pieds.

Maman, je t’adore et je te jure, je te remercie pour tous les combats que tu as mené pour moi et mes copines, aussi je te le dis le plus tendrement du monde :

« Tu me brises la vulve avec ton féminisme ! J’veux un mec qui me saute et qui me prenne dans ses bras ! C’est trop demander ça ? ».

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