Après les fesses, quand on demande à une femme ce qu’elle préfère chez un homme, on entend tout de suite « J’adore quand il me fait rire ! ». Ah ! C’est vrai, si seulement Woody Allen pouvait se cloner, on serait tellement heureuses ! Or, il est plus facile de trouver des hommes avec de belles fesses qu’avec un sens de l’humour à se péter les côtes flottantes. D’ailleurs Woody lui-même a choisi son camp. Pourtant, et c’est bien là un drame que nous sommes nombreuses à déplorer et contre lequel le gouvernement ne fait toujours rien : non seulement tous les hommes n’ont pas de belles fesses, mais plus rares encore sont ceux qui ont la saillie facile (verbale, hein). Heureusement, il y a des lieux où on peut s’assurer de trouver des bretteurs professionnels : le music hall (oui, je suis née en en 1910).

La scène comique, c’est le lieu où les cancres du dernier rang peuvent enfin montrer que drôle, c’est pas un défaut. Mais il n’est pas nécessaire d’être né cancre, un premier de la classe aura autant ses chances que les autres. On ne trouve pas ça à Polytechnique. Va essayer de prouver que tu es le capitaine d’industrie que la France attend en bafouillant une blague de Toto ! Personne ne te laissera accéder à l’ « X ». Alors que sur une scène comique, si. La scène comique est donc un bel exemple d’égalité des chances puisqu’on peut être issu de la minorité et drôle. C’est même vivement encouragé.

Comment approcher un bouffon professionnel ?

La tâche peut s’avérer laborieuse car le bouffon est très apprécié des filles. Presque plus que le détenteur de croupion musculeux. Attention ! S’il cumule croupion musculeux + vanne tordante, il y aura du monde au balcon. Mais ne désespérez pas : tant que vous l’admirez vous avez toutes vos chances.

On peut catégoriser le bouffon en 3 couches : le postulant-bouffon, le bouffon stagiaire et le bouffon-chef.

Le postulant-bouffon est nombreux. J’entends par là qu’à lui tout seul il remplit plusieurs rôles car son rêve est d’aller à l’Olympia. Mais comme son obstacle principal est son manque d’argent, il devra se dédoubler tour-à-tour en colleur d’affiche, chercheur de subventions, accessoiriste, etc. Et auteur, évidemment. Le postulant-bouffon n’a donc pas une minute à lui. Il rêve Olympia, il mange Olympia. Son chat s’appelle Olympia et il s’est confectionné une photo de lui devant l’Olympia pour y croire fort fort. Si vous voulez faire partie de son pool, proposez-lui vos services gratuits, il sera d’accord. Par contre, ne vous attendez pas à de la gaudriole mais plutôt à rester enfermée 13 heures par jour dans un cagibi avec un téléphone et une liste de gens à appeler. Si vous croyez en lui et que vous avez des économies, ça vaut le coup. Il vous paiera peut-être un café au comptoir un jour.

Le bouffon-stagiaire est plus détendu. Il gagne sa vie en faisant des pubs pour des yaourts et prête sa voix à des hypermarchés qui font leur promo à la radio. Parfois, il prend son scooter pour passer un casting de comédie sur une colocation qui tourne mal et dans laquelle il joue le rôle de voisin fauché qui claque les portes en peignoir. Il a de quoi manger puisque le supermarché le paie en denrées alimentaires et son frigo est gavé de yaourts pour les dix-sept ans à venir. Pour l’intéresser, allez le voir à son spectacle, soyez sympa mais un peu froide et donnez-lui votre carte écrit -prod à la fin. Il vous rappellera sans tarder.

Le bouffon-chef est à l’Olympia. Lui, il est bien élevé, il sait ce que c’est que le travail puisqu’il voit bien les centaines de gens qui s’affairent dans son intérêt et il a passé suffisamment d’années comme postulant-bouffon et bouffon-stagiaire pour reconnaître sa chance. Le bouffon-chef est le plus difficile à approcher, mais son expérience de la vie et sa connaissance des humains seront autant d’arguments à mettre dans votre besace pour le harponner. Plusieurs cordées sont possibles. Vous pouvez soit l’attaquer par la face Nord et revêtir l’habit de la journaliste d’investigation ou de la sociologue qui fait une enquête sur le rôle de l’humour dans l’évolution dans la société occidentale, soit le surprendre par la face Est et feindre de ne pas savoir du tout qui il est alors que son nom est aussi connu que celui de ce chanteur noir qui a chanté Thriller. L’anonymat des gens connus, c’est la clé de voute des chasseuses d’hommes sur scène. Il faut connaître ses habitudes et savoir où il a son rond de serviette, c’est du boulot, mais on n’attrape pas les Woody Allen avec du vinaigre.

Les gibiers alentour

Tout ce qui frétille autour de l’homme sur scène peut vous intéresser :

> Les roadies. Ou machino, ou machiniste itinérant. Ils sont forts, ils sont efficaces, ils sont rock’n’roll. Pour les approcher, pointez-vous six heures plus tôt sur le lieu du spectacle et proposez un coup de main en apportant des bières. On refusera votre coup de main, mais vous aurez entamé le dialogue ! Tchin !

> Les gardes du corps. Hmmmmm… La fonction crée l’organe. Sois faible ma fille, lâche ton bouclier et évanouis-toi ! Tu vas le cueillir en 3 secondes.

> Les clients du bar des théâtres. Ou de la brasserie, qu’importe. Producteurs, auteurs, admirateurs, habitués, poètes. Mais postulants-bouffon aussi… Sachez faire la sélection !

Les grottes à ne pas manquer

> La rue de la gaité, à Paris. Que des théâtres de boulevard, des cabarets et des salles de spectacle pour gens tout seuls en scène.

> L’Olympia. What else ?

Euh… je vous conseille d’acheter le Pariscope par exemple. Vous aurez toutes les adresses et même la jauge, ce qui vous permettra d’évaluer le niveau de notoriété de votre comique soliste.

« Homme qui rit à moitié dans ta caverne »

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