« Cher Popeye,

je vous aime beaucoup et votre petit côté bourru mal embouché m’a toujours beaucoup amusée ; or je décèle chez vous un entêtement à admettre l’évidence qui confine au ridicule.

Je conviens que vous êtes né en 1929, année de la crise industrielle qui a ravagé l’Europe entière et a laissé des milliers d’affamés derrière elle. J’admets aussi que seulement 4 ans après, comble de la poisse, un petit chancelier allemand pas frais-frais – peau crayeuse et petite moustache, yeux noirs perçants comme des têtes d’épingles et manières étriquées – pas super funky en somme et plutôt « Vol au-dessus d’un nid de coucou » qu’ « Alerte à Malibu » – a profité de ce marasme pour semer la terreur au son lourd des bottes de cuir noir. Certes, le contexte de votre jeunesse (où vous êtes né déjà vieux, mais comment est-ce possible ? On ne vous a jamais connu bébé ! Seriez-vous atteint du syndrome de Hutchinson-Gilford ?) n’était pas pour les pusillanimes. L’ombre brune qui rôdait, la peur qui s’emparait des foyers requérait autant vigueur que caractère pour lutter au quotidien.

Mais enfin ? Que croyiez vous ? Que c’était en cognant Brutus que vous pouviez le soustraire du désir d’Olive ? Oui, Brutus aimait Olive ! Oui. Oui, il lui faisait une cour assidue et voulait l’enlever afin de filer le parfait amour sur le quai de Ouistreham, et alors ? Était-ce preuve de sagacité que de sortir systématiquement une boite de « Spinach » pour mettre sa raclée à ce grand brun à la barbe hirsute et fort comme une armée turque (et un peu con comme une frontière suisse, ok) ?

Que la cécité vous ait gagné l’œil droit et vous eût laissé borgne, c’est tragédie, convenons-en. Mais fûtes-vous aveugle au point de ne pas voir que dans l’œil d’Olive, ce n’était pas la seule force de vos puissants avant-bras contre ceux de Brutus qui l’emportait, mais la détermination de chacun à sauver la princesse des crocs du dragon ? Ce serait trop long à expliquer si vous n’avez pas lu Bettelheim ni ne connaissez la légende de Saint Georges terrassant le dragon, mais mettez-vous à la page mon vieux, sans quoi vous finirez cloué au pilori de l’impéritie !

En 2011, ignorez-vous encore que ce ne sont pas les épinards qui font l’homme ? Voyons, réveillez-vous l’ami et entendez le tocsin de la modernité, qu’on en finisse avec ces clichés ! Je reviens un instant sur cet affreux tatouage que vous arborez sur chacun de vos avant-bras hypertrophiés : (lesquels vous vaudraient aujourd’hui au minimum un contrôle anti-dopage et l’assurance de passer pour un bandit à la petite semaine ayant pris perpète pour avoir à tout prix voulu engager Maître Collard) faut-il vraiment voir en ces dessins archaïques le signe distinctif d’une virilité ostentatoire ? Admettons. Mais pour quoi faire ?

Attendez… Ne dites pas que vous en êtes encore à confondre « masculin » et « viril » ! Si ? Il y a décidément tout à faire. Il est temps je crois que quelqu’un vous montre la voie de la connaissance, aussi n’étant pas spécialiste je ne saurai que vous encourager à vous imprégner de la remarquable œuvre en 3 tomes de l’« Histoire de la virilité » dont les Inrocks parle dans un entretien avec Alain Corbin.

Transmettez mes amitiés à Olive et tendresses à Mimosa »

 

Une fidèle admiratrice qui a toujours détesté les épinards.

 

 

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