C’est l’histoire d’un mec… qui va aux toilettes. Le mec se pointe et les problèmes commencent :

« Je vais à droite ou je vais à gauche ? Si je vais au premier urinoir de gauche et que d’un coup deux autres mecs se pointent et qu’il n’y a que 6 petits coins, tout va bien : à moins de tomber sur des voisins impudiques, chacun laissera un urinoir entre nous et on pourra se vider la vessie peinards. Mais s’il n’y a que 4 petits coins et que le deuxième type choisit comme moi de s’installer le plus près du mur de droite, que se passera-t-il quand entrera le troisième larron ? Il se mettra à côté de moi ou à côté du mec de droite ? S’il se met à côté de moi et qu’il est plus grand que moi, comment pourrais-je savoir s’il observe par-dessus mon épaule mon outillage personnel ? C’est connu, on a tous besoin d’un plus petit que soi ! Donc, il le fera, c’est sûr ! J’imagine que si c’est lui qui a la plus grosse tuyauterie, il aura un sourire rentré. Ça, je m’en fous, je ne peux pas le savoir. Mais si, carrément, il se mettait à ricaner pour alerter au ridicule ? Quitte à mentir ! Moi-même, à sa place, je mentirais ! Attends, j’ai pas envie de passer pour un chinois ! Bon. S’il ricanait, le deuxième type près du mur de droite tournerait la tête vers moi, verrait la mine satisfaite de mon oppresseur, me regarderait d’un air compassé comme s’il me tapotait l’épaule d’un air de dire « C’est moche ce qu’il t’arrive mon gars. », puis regarderait la sienne et ferait probablement « Bôaf, on s’en sort pas si mal, nous. » en serrant le menton. Mouais… c’est ça : je vais aller au milieu, comme ça, ça ne sera pas à moi de choisir. »

Voilà ce qui passe dans la tête d’un homme en proie au vide d’un toilette pour hommes (double strike). N’étant pas de ceux-là, je remets mon ignorance aux spécialistes. Le résultat est sans appel : le choix de l’urinoir est scientifique ; les professeurs Evangelos Kranakis et Danny Krizanc ont entrepris une étude mathématique visant à clarifier les multiples scenarii pour que l’homme des villes conserve son intimité en cas d’introduction de sa personne dans des lieux d’aisance. Bref, ils ont fait des calculs pour que bonhomme pissotte tranquillou.

On ne le dit pas assez, mais la faïence blanche renvoie l’homme à des choix existentiels. Dans la solitude de l’urinoir, l’homme doit admettre qu’il est grégaire. Lui qui s’espérait incomparable, voilà qu’il doit reconnaitre qu’un autre, voire d’autres, le précèdent parfois. Et cet autre aura-t-il opté pour l’urinoir n°2 ou le n°5 ? Ô misère de l’humaine condition, vers quel urinoir se diriger ? Corneille, Ô mon maître, sauve-moi de cet enfer immaculé !

Algorithmes à l’appui, les matheux l’affirment sur 12 pages : l’urinoir, c’est l’angoisse. Face au mur de sa conscience, l’homme est obligé de se poser mille questions pour assurer le bon déroulement de sa miction. Et pour l’aider, les professeurs ont sorti leur Pi et leur « n » ; ils ont fait sauter tout ça dans une grande poêle à calculer… et c’est là qu’on se dit que scientifique, en fait, c’est un métier marrant.

 

 

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